Une répartition inégale des professionnels de santé
Selon les données de l'Agence Régionale de Santé (ARS), les zones prioritaires - où la densité médicale est insuffisante - se concentrent principalement dans trois secteurs du département : le nord (Fougères-Louvigné-du-Désert), le sud (Redon, Guipry-Messac) et l'est (La Guerche-de-Bretagne). Au total, un Brétilien sur dix vit dans ces zones où l'accès aux soins est problématique.
À La Guerche-de-Bretagne, située à 60 km à l'est de Rennes, les habitants témoignent de difficultés particulièrement marquées pour consulter des spécialistes. Si l'accès aux généralistes reste relativement préservé, les délais s'allongent considérablement pour les spécialités médicales.
Un habitant confie : "C'est plutôt facile pour ce qui est de médecin généraliste. On a gardé notre dentiste à Vern parce qu'on habitait sur Janzé avant. Et en fait, on n'a pas trouvé de dentiste qui prenait des nouveaux patients sur La Guerche-de-Bretagne."
Pour les spécialistes, la situation est encore plus tendue : "Dernièrement, c'était un ORL. Et ils ne répondent même plus au téléphone à Vitré. Donc, j'ai réussi à trouver en Mayenne et le délai était de deux mois."
Les solutions mises en œuvre par les communes
Bien que la santé relève principalement des compétences de l'État, les municipalités disposent de plusieurs leviers d'action pour améliorer l'offre de soins sur leur territoire.
Les maisons de santé pluriprofessionnelles
L'Ille-et-Vilaine compte 68 maisons de santé : où médecins généralistes et spécialistes exercent en libéral au sein d'une même structure. Les communes peuvent faciliter leur création en apportant un soutien financier ou en mettant à disposition des locaux.
Les centres de santé municipaux
Plus rares, les centres de santé municipaux constituent une alternative au modèle libéral. Dans ces structures, les médecins sont directement salariés par la mairie. Le département n'en compte que deux : à Balazé et à Romillé.
À Romillé, commune de 4200 habitants appartenant à Rennes Métropole, trois médecins généralistes ont fait le choix du salariat. Le Dr Jouhanneau explique ce choix : "Les avantages au salariat, c'est que quand même, il y a des choses qu'on ne gère plus. On n'achète pas notre matériel, etc. C'est même plus simple pour notre comptabilité, par exemple, d'avoir un salaire fixe à la fin du mois."
Le Dr Perrier ajoute : "Sur les autres avantages, on a un cadre d'horaire qu'on n'a pas du tout en libéral. Confortable pour notre vie personnelle et des congés payés."
Ce modèle présente néanmoins quelques inconvénients : "Je dirais que les inconvénients c'est qu'il y a forcément plus de lenteur administrative, par exemple les décisions de changement d'horaire ou de planning qui vont être décidées en conseil municipal avant qu'on ait un retour."
Ouvert en novembre 2023, le centre de santé de Romillé a presque doublé sa patientèle, atteignant 1300 personnes. Toutefois, l'équilibre financier reste un défi majeur pour la commune, comme l'explique le directeur général des services : "On partait de zéro aussi sur un monde qu'on ne connaît pas. Faire des médicaments, ce n'est pas du tout notre métier. La fabrique des centres de santé nous avait dit, question salaire, partait-elle sur un montant donné. Donc, on ne s'est pas posé de question. On a fait une proposition qui a été acceptée systématiquement par les médecins. Après, c'est un coût. L'équilibre financier du centre, aujourd'hui, on n'y est pas."
Pour atteindre l'équilibre financier d'ici 2028, le centre s'est ouvert aux habitants d'une dizaine de communes environnantes.
Les mutuelles de santé municipales
Une cinquantaine de communes d'Ille-et-Vilaine, principalement de moins de 10 000 habitants, ont mis en place des mutuelles de santé municipales. Cette solution, proposée par des candidats de tous bords politiques, s'adresse aux habitants et aux personnes travaillant dans la commune.
Thierry Olivier, pionnier de ce dispositif à Pipriac il y a 15 ans, précise : "La mutuelle communale s'adresse surtout aux personnes qui sont à la retraite, ainsi que les artisans, commerçants, professions libérales, qu'on appelle les travailleurs non salariés. On cible essentiellement les communes de petite taille, de moins de 10 000 habitants. L'important, c'est de garder une proximité avec les gens. Sur une ville beaucoup plus importante, sincèrement, je ne sais pas comment ça peut se faire."
Au-delà de l'accès aux soins : la prévention
Les municipalités peuvent également agir sur les déterminants de santé à travers leurs politiques publiques : qualité de l'air et de l'eau, alimentation saine dans les cantines scolaires, aménagement d'espaces verts ou encore promotion de l'activité physique. Ces initiatives contribuent à la santé physique et mentale des habitants en amont du parcours de soins.
Face aux défis des déserts médicaux, les communes d'Ille-et-Vilaine explorent ainsi diverses solutions pour garantir à leurs habitants un accès aux soins de proximité, tout en s'adaptant à leurs spécificités territoriales et à leurs contraintes budgétaires.
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