A Arbrissel on ne promet pas les grand soirs !
À Arbrissel, située à 40 km au sud de Rennes, la population est passée de 300 à 270 habitants entre 2019 et aujourd'hui. Cette petite commune illustre parfaitement les contraintes budgétaires des territoires ruraux. Avec un budget annuel de 200 000 euros, le maire Thomas Bardy dispose d'une marge de manœuvre très limitée.
"Une fois payées les charges, l'employé communal et le mi-temps de la secrétaire, il reste 20 000 euros pour les projets,"explique-t-il."Il faut entretenir les routes, entretenir Arbrissel, mais on ne peut pas promettre monts et merveilles, ça c'est sûr."
Les demandes des habitants doivent être réalistes :"Souvent ils demandent d'avoir une épicerie, mais on sait très bien que ça ne marcherait pas. Sur 300 habitants, ça ne pourrait pas marcher."La commune parvient généralement à réaliser"un projet par an", comme la rénovation des routes ou des bâtiments communaux.
Malgré ces contraintes, Arbrissel a su développer quelques équipements, notamment une aire de jeux et un city-stade pour les plus jeunes.« Nous avons de la chance, on a réussi à mettre une tyrolienne. Alors là, j'ai la cote parfaite avec les enfants,"confie le maire. L'entretien de ces installations est assuré par les jeunes du village,"payés 5 euros de l'heure"pour rénover, poncer et vernir les équipements.
Pour Thomas Bardy, qui se représente sans opposant, l'objectif n'est pas d'attirer massivement de nouveaux habitants :« Les gens qui viennent ici, c'est pour avoir ce petit village-là. Pas spécialement envie d'agrandir et d'avoir de plus en plus d'habitants."Son projet pour l'année à venir : moderniser l'éclairage public en passant aux ampoules LED.
Le risque des investissements surdimensionnés
Certaines petites communes font parfois des investissements disproportionnés par rapport à leurs moyens. C'est le cas à Moulins (700 habitants), quinze ans après la construction d'une salle de sport en 2011, le remboursement de l’équipement représente encore la moitié de la dette annuelle. La Cour des comptes a d'ailleurs recommandé aux élus"de respecter une pause durable dans les investissements de la commune"pour 2025.
Nouvoitou: gérer une croissance démographique record !
À l'opposé, Nouvoitou a vu sa population bondir de 3 000 à 4 000 habitants en seulement six ans, un record en Ille-et-Vilaine. Cette croissance rapide génère des attentes importantes chez les habitants, qui réclament davantage d'infrastructures et de services.
Les demandes sont nombreuses :"Une piste cyclable pour aller de Nouvoitouà Châteaugiron","un bureau de poste, un distributeur de billets"ou encore"l'école privée". Certains habitants estiment que"la vie dans le centre-ville de Nouvotou n'est pas extraordinaire, il manque des commerces", tandis que d'autres sont plus satisfaits :"On trouve que ça se développe plutôt bien, Nouvoitou. Il y a de la nouveauté sur les commerces, sur la santé médicale."
Equipements communaux : il faut suivre la tendance !
Les équipements communaux suivent souvent des effets de mode. "Il y a 50 ans, tout le monde voulait sa salle polyvalente, sa salle des fêtes. Puis ensuite, il y a eu l'effet médiathèque et il y a eu ensuite les terrains multisports, les boîtes à livres, les pump tracks." Aujourd'hui, ce sont les projets de tiers-lieux qui sont particulièrement prisés dans les programmes électoraux.
Chanteloup : 25 ménages par an maximum !
À Chanteloup (2 000 habitants), le maire a choisi de limiter volontairement la croissance démographique :"Si on doit garder un esprit de village, de 2000 habitants, il ne faut pas accueillir par centaines. On s'est donné une règle, pas plus de 25 logements, 25 foyers de plus par an. Et ça, à un rythme régulier."
La commune a récemment achevé la construction d'un petit immeuble de quatre logements avec une boulangerie au rez-de-chaussée, un commerce symbolique pour la vie locale. Mais le maire Vincent Mnier rappelle que la présence de commerces dépend avant tout du soutien des habitants :"Et clairement, si on n'a pas un commerce que les habitants plébiscitent et font fonctionner en proximité, eh bien, effectivement, ils finissent par péricliter parce qu'il faut bien vivre quand on est un couple sur un commerce."
Le maire de Chanteloup, qui se représente également sans opposition, privilégie les choix raisonnables, comme la rénovation d'un gymnase pour un million d'euros plutôt que la construction d'un équipement neuf."On ne peut pas répondre à tout et surtout on ne peut pas répondre instantanément. Une commune, en fait, c'est assez lent à faire évoluer. Souvent, ils font 3 ans, 4 ans, 6 ans pour mener à bien un projet."
Dans l'ensemble, les maires brétilliens semblent faire preuve de prudence dans leurs promesses électorales, privilégiant des projets réalistes centrés sur le logement, la santé et la mobilité, plutôt que des initiatives pharaoniques déconnectées des réalités démographiques et financières de leurs communes.
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