Poullain
Un départ calme, une fin de journée chaotique
À 14h ce samedi, la place de la République accueillait un impressionnant cortège composé de jeunes, de familles, de salariés et d'étudiants, déambulant calmement dans les rues du centre-ville. Mais au même moment, des heurts éclataient entre les forces de l'ordre et des groupes refusant de quitter la place. Un chantier central a été pillé pour monter des barricades.
À la fin du défilé officiel, des centaines de personnes continuaient de circuler en plusieurs cortèges distincts — avenue Janvier, derrière la Poste ou près du Parlement de Bretagne. Les CRS et gendarmes, visiblement dépassés par le nombre, se sont repliés à plusieurs reprises face aux manifestants les plus combatifs.
Des commerces pillés et vandalisés
C'est rue Jules Simon que les premières vitrines ont cédé. Une cordonnerie, un opticien, une agence immobilière : le mobilier a été sorti et brûlé, les boutiques pillées par des individus souvent très jeunes. Au total, une vingtaine de commerces a été vandalisée, parmi lesquels des enseignes nationales — Décathlon, Sephora, les Galeries Lafayette, Zara — mais aussi de nombreux commerces indépendants : des bureaux de tabac, des sandwicheries, ou encore un magasin bio situé rue Poullain Duparc.
Une voisine commerçante de cette rue a décrit la scène : « Des jeunes qui avaient des pieds de parasols et qui étaient en train de casser la porte. Puis, à se servir, on peut jeter des choses. Il y a des choses qui étaient cassées, la caisse. » Désemparée, elle s'interroge sur l'avenir : « Comment ça va se passer les jours à venir ? Est-ce qu'il faudrait qu'on vienne camper ici pour sauver notre métier ? On est un commerce de proximité, donc on ne comprend pas être cibles. »
Les affrontements, feux d'artifice et pillages se sont prolongés tard dans la soirée autour de la place de la République.
53 interpellations, des profils majoritairement jeunes
Au terme de cette nuit de violences, 53 personnes ont été arrêtées pour violence, dégradation et port d'armes. La préfecture a souligné que les profils des casseurs et pilleurs sont majoritairement des jeunes de 15 à 20 ans.
Un centre-ville balafré au réveil
Dimanche matin, le centre-ville historique de Rennes présentait un visage dégradé : tags, bouts de rue dépavés, bris de verre. Les services techniques municipaux ont travaillé toute la nuit pour nettoyer la voirie et sécuriser le parcours du Marathon Vert. Si les épreuves du samedi avaient été annulées, les épreuves du dimanche a néanmoins pu se tenir.
Le maire de Rennes a salué la mobilisation des équipes : « Tous nos efforts sont tournés vers celles et ceux qui ont été premières victimes et notamment les habitants du centre-ville et les commerçants. On s'est mobilisés avec les équipes du Marathon Vert et les services municipaux que je veux vraiment saluer. Le nettoyage a été fait jusqu'à 5h du matin, alors il reste des endroits où toutes les plaies ne peuvent pas être effacées ou pensées. »
Cependant, une décision préfectorale a mis un terme à l'événement sportif l'après-midi, en raison de la menace d'une nouvelle mobilisation. Le dimanche s'est finalement déroulé dans le calme.
Les commerçants face à l'ampleur des dégâts
Dès le lundi matin, des dizaines d'artisans et agents municipaux étaient à l'œuvre pour réparer les devantures brisées, poser des protections et remettre en place les pavés arrachés. De nombreux professionnels se trouvaient dans l'impossibilité de reprendre leur activité.
La gérante d'une agence immobilière dont la vitrine a été détruite témoigne : « Franchement, on se croyait vraiment dans un climat de guerre. Il n'y a pas d'autre terme. C'était vraiment très, très étrange comme climat. Il y a des jeunes qui sont avec nous face avec des pavés. Nous, on s'est fait tout petit. On s'est même mis en retrait. On ne peut rien faire. On n'ose rien dire. On se fait tout petit. » Elle évalue le montant des dégâts à une somme conséquente : « J'en ai au bas mot pour 10 000 euros. Je ne sais pas combien mon assurance répondra. Il m'a dit que j'avais déjà un minimum 1 500 euros de frais de grue. Ensuite, il va y avoir des frais aussi pour poser de la grue sur le trottoir. Plus toute ma vitrine qui est à refaire de A à Z. »
La préfecture envisage des mesures
La préfecture d'Ille-et-Vilaine a prévu de recevoir les commerçants dès ce lundi soir. Selon nos confrères du Télégramme, elle réfléchirait à la mise en place d'un couvre-feu. Un acte II de mobilisation est d'ores et déjà annoncé pour le samedi 24.
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