Des familles interdites de parloir
Emma et ses deux filles s'étaient levées tôt pour rendre visite à un détenu. Cela faisait à peu près six semaines qu'elles attendaient pour pouvoir aller au parloir. Elles n'ont finalement pas pu franchir les portes de l'établissement, contraintes de rebrousser chemin face au blocus des surveillants. Même scénario avec une autre visiteuse qui apporte son soutien au mouvement : « J'ai la chance qu'il soit en centre de détention. Je sais qu'en maison d'arrêt, c'est une catastrophe, ils peuvent mettre jusqu'à quatre personnes dans les cellules. »
950 détenus pour 670 places
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le centre pénitentiaire accueille actuellement 950 personnes incarcérées pour 670 places, soit un taux d'occupation dépassant 140 %. Une situation qui génère des tensions croissantes au quotidien.
Les agents tirent la sonnette d'alarme sur le manque criant d'effectifs : « On a des agents qui tournent à 60, 70 heures supplémentaires. Pour les équipes locales de sécurité, on devrait avoir 30 agents, on en a une quinzaine… c'est plus possible. » Selon le syndicat présent sur le piquet de grève, il manquerait une soixantaine d'agents à Vezin pour assurer un fonctionnement normal de l'établissement.
Une violence institutionnelle dénoncée par les soignants
Du côté du personnel de santé, on constate également ces situations de tension. La surpopulation engendre une violence quotidienne de plus en plus difficile à contenir : « La surpopulation fait qu'il y a beaucoup d'agressivité. Forcément, quand on enferme beaucoup de gens dans un endroit petit, ça crée des tensions », nous confie Céline Stenger, assistante dentaire.
Une infirmière témoigne d'une aggravation nette de la situation ces dernières années : « En cinq ans, j'ai vu beaucoup plus de venues à l'unité sanitaire, justement pour prise en charge de bagarres, de mal-être. » Solène Tanguy est aussi infirmière. Pour elle : « C'est vraiment une violence institutionnelle. Être trois, voire quatre par cellule, pour certaines personnes, c'est vraiment… enfin, c'est inhumain. »
La direction du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin-le-Coquet n'a pas souhaité répondre à nos questions. Sans réponse concrète, un autre mouvement pourrait être organisé dans les prochains jours.
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