Des pertes chiffrées dès le printemps
Éric, éleveur de 100 vaches laitières, n'a pas attendu la fin de la saison pour mesurer l'ampleur des dégâts. Depuis avril, il enregistre 30 000 litres de lait produits en moins, soit 6 000 euros de pertes. En cause, notamment, la chaleur qui perturbe la reproduction de ses animaux. Les inséminations se révèlent moins efficaces, obligeant parfois l'éleveur à s'y reprendre jusqu'à sept fois pour obtenir une seule gestation.
L'éleveur rappelle le principe fondamental de son activité : « La vache, il faut qu'elle ait un veau, qu'elle fasse son petit veau, et à partir de ce moment-là, elle va donner du lait. Et si on allonge ce délai, elle produit beaucoup moins de lait, elle est beaucoup moins productive. Donc, nous, notre objectif, c'est d'avoir un veau par vache et par an. »
Des terres fragilisées, un fourrage insuffisant
La sécheresse affecte également les rendements agricoles. Pour produire suffisamment de fourrage, Éric doit désormais exploiter 70 hectares contre 50 habituellement. Sur ses parcelles, l'herbe peine à pousser : « Il n'est pas très haut, on voit bien qu'il n'est pas très vert, c'est qu'il manque d'eau, donc il n'a pas pu aller chercher les nutriments dans le sol. »
Ces sols, déjà fragilisés par les inondations de l'hiver dernier, se retrouvent aujourd'hui frappés par la sécheresse, illustrant une alternance climatique de plus en plus difficile à gérer pour les exploitants.
Pâturages perdus et risques de coupures d'eau
À quelques kilomètres de là, Stéphane, installé dans le pays de Saint-Malo, fait face à une situation similaire. Il a perdu 10 hectares de pâturage sur 50, contraignant ses animaux à être déplacés vers d'autres parcelles. « C'est des terrains où on met les animaux à pâturer, donc on a été obligé de les mettre dans d'autres parcelles, où on était obligé d'amener du foin pour pallier aux manques de rendement », explique-t-il.
Son exploitation est également exposée à des risques de coupures d'eau, alors que chacune de ses vaches consomme jusqu'à 150 litres par jour. Entièrement dépendant du réseau urbain, l'éleveur fait face à une accumulation de difficultés : « On a une baisse du prix du lait et une augmentation des charges depuis le début de l'année avec la guerre. Donc, ça tombe très mal actuellement. »
La situation soulève également des questions structurelles. Stéphane interpelle : « Est-ce que c'est à chaque agriculteur maintenant de faire des stations de traitement pour l'eau ou est-ce que ce n'est pas quelque chose qui doit être géré de manière collective ? »
Un secteur sous pression
Ces témoignages s'inscrivent dans une tendance de fond. Selon le Centre Innovation Interprofessionnelle de l'économie laitière, la production laitière a déjà enregistré au mois de juin une baisse de 7 à 14 %. Un chiffre qui pourrait encore s'aggraver si les conditions climatiques de l'été persistent.
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