La crise du logement à Saint-Malo : un défi majeur pour les municipales 2026

La crise du logement à Saint-Malo : un défi majeur pour les municipales 2026

À l’approche des élections municipales de 2026, la question du logement s’impose comme un enjeu central à Saint-Malo. Dans cette ville balnéaire bretonne particulièrement attractive, le marché immobilier est sous tension, avec des prix largement supérieurs à ceux pratiqués dans d’autres communes d’Ille-et-Vilaine.

Article publié le : 13 mars 2026

Thématique : Municipales

​Un marché immobilier sous pression

Les chiffres sont éloquents : en 2025, le prix médian pour l’achat d’un appartement ancien à Saint-Malo s’élève à 4 610 euros du mètre carré, contre 3 600 euros à Rennes ou 2 480 euros à Vitré. Cette situation s’explique notamment par l’attractivité touristique de la cité corsaire, où les résidences secondaires ne cessent d’augmenter.
Les témoignages recueillis dans les rues de Saint-Malo confirment cette réalité : “Les prix sont exorbitants et c’est des petits logements”, confie un habitant. Un autre souligne la difficulté supplémentaire liée aux événements touristiques : “C’est plutôt difficile parce qu’avec la Route du Rhum qui va arriver en novembre, il fallait libérer pendant une semaine, deux semaines le logement, donc je me voyais mal quitter mon logement pendant deux semaines et dormir à l’hôtel.”

Des solutions innovantes : le Bail Réel Solidaire

Face à cette situation, plusieurs mesures ont été mises en place. Le Plan Local d’Urbanisme prévoit la construction de 500 nouveaux logements par an, avec une orientation vers l’accession sociale. Parmi les dispositifs existants, le Bail Réel Solidaire (BRS) permet d’acheter un logement 30 à 40% moins cher que le prix du marché.
Alexandre Baril, bénéficiaire de ce dispositif, explique son fonctionnement : “On n’est pas réellement propriétaire du foncier, entre guillemets, on a une redevance mensuelle qui est à Saint-Malo d’un euro par mètre carré. Mais sur le papier, on a une pleine jouissance de propriétaire, c’est-à-dire qu’on fait ce qu’on veut à l’intérieur.” Il ajoute : “On a l’opportunité d’être à Saint-Malo, premièrement, ce qui est quand même cool. On capitalise en fait, c’est-à-dire qu’on n’a pas le foncier, certes, mais on ne met pas un loyer dans le vent, on amortit un prêt.”
Ce dispositif, accessible à environ 70% des foyers fiscaux bretons, représente une véritable opportunité pour les primo-accédants et les jeunes actifs travaillant sur le territoire malouin. Comme l’explique Olivier Talmon, directeur commercial de Secib Immobilier : “On n’a pas beaucoup d’offres, il y a beaucoup de demandes, effectivement, parce que c’est un cadre de vie qui est quand même assez magique de vivre à Saint-Malo. Et plutôt que de faire 25, 30 kilomètres et de s’éloigner, ce mécanisme-là leur permet de rester sur le secteur.”


L’encadrement des locations touristiques


Depuis 2021, la ville a également mis en place des quotas de location Airbnb par quartier. Une mesure qui semble porter ses fruits selon Alain Gautron, notaire à Saint-Malo et président de la chambre des notaires bretons : “toute cette réglementation qui a été mise en place, qui est draconienne et qui était pionnière, c’est vrai, il faut reconnaître, à Saint-Malo, a vraiment porté ses fruits. Parce qu’on a vu, effectivement, renaître sur le marché des biens offerts à la vente, et spécialement sur des secteurs qui étaient complètement phagocytés par le Airbnb, comme Intramuros. »


Des difficultés persistantes


Malgré ces initiatives, se loger à Saint-Malo reste un parcours du combattant pour de nombreux actifs. Josepha et Thibaut, récemment arrivés en Bretagne pour le travail, ont dû s’installer à Dol-de-Bretagne, à 20 minutes de Saint-Malo, faute de trouver un logement dans leur budget. “Très compliqué. Très compliqué parce qu’on a cherché tout le mois de décembre. Et puis, il y a soit pas de réponse du tout, ou soit les logements sont déjà loués et les annonces ne sont pas enlevées du site où on a cherché, ou alors les profils ne correspondaient pas et c’était trop compliqué, trop de dossiers à faire”, témoigne l’un d’eux.
Même constat pour Carole, 32 ans, employée en CDI dans une compagnie de transport maritime à Saint-Malo, qui cherche à se rapprocher de son lieu de travail : “J’ai visité déjà beaucoup de logements. C’est le premier. C’est le premier parce que souvent est demandé trois fois le montant du loyer. Il y a même des appartements où je n’ai même pas pu poser de dossier en fait.”


Des causes multiples selon les professionnels


Pour Jérôme Lebrun, responsable du cabinet Châteaubriand Immobilier et président de la FNAIM Bretagne, la crise du logement à Saint-Malo s’explique par plusieurs facteurs : “La ville plaît, tant mieux, mais ce n’est pas le seul phénomène. On a différentes choses. On a des logements qui ne sont pas construits. Depuis plusieurs années, le marché du neuf a quand même subi une forte baisse. On a des logements vacants aussi qui ne sont pas rénovés parce que rénover, c’est compliqué. Les aides sont limitées. On n’a quasiment plus d’incitation fiscale.”
Il plaide pour une concertation plus large : “Je pense que si on se mettait tous autour de la table, ça serait plus facile pour trouver des solutions parce que ce sont les professionnels qui sont sur le terrain et qui ont le retour des clients en fait.”
À l’approche des élections municipales de 2026, la question du logement s’annonce comme l’un des thèmes majeurs de la campagne à Saint-Malo, où les candidats devront proposer des solutions concrètes pour répondre à cette problématique cruciale pour l’avenir de la ville.​

Article rédigé par

Claudia Caratori

Journaliste

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